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La petite histoire des Pots d’apothicaires racontée par le MADD de Bordeaux

Je sais pas ce qui me plait le plus dans le fait de chiner, dénicher un bel objet ou faire ma petite enquête pour découvrir son histoire. Je me suis déjà beaucoup amusée à rédiger celle du Service Acapulco de Villeroy et Boch chiné dans un Bric à Brac du sud de la Gironde, et apparemment cet article vous plait, c’est le plus consulté de ce blog encore en ce mois de novembre 2019. Pour l’anecdote, honte à moi je n’avais pas encore le réflexe de regarder les estampes à cette époque, du coup c’est en toute ignorance que j’ai acheté ce superbe service à tout petit prix.

Pour le reste je vous laisse consulter l’article, revenons à nos moutons : les pots d’apothicaires. Que sont’ils? Que contenaient-ils?  Quand sont-ils apparus ? Quelle est l’histoire de leurs décors et de leur manufactures ? J’ai eu l’occasion de participer à une visite organisée par les amis du Musée des Arts Décoratifs et du Design. Ils organisent chaque jeudi « les jeudis du musée » et le 31 octobre dernier était consacré à une visite des collections des pots d’apothicaires. Et j’ai adoré cette visite, même si j’avais déjà eu l’occasion de visiter ce musée précédemment, la visite commentée était tout simplement géniale, et pur cela un grand merci à Caroline FILLON, responsable du Service des publics et commissaire d’exposition. Cette heure de visite était tellement bien menée que j’en ai noirci la moitié d’un carnet. Il faut dire que mes a-priori sur les pots d’apothicaires étaient vastes tout comme ma méconnaissance.

Apothicaire ou épicier ?

Bon, déjà on pose le décor ! Avant de parler des pots d’apothicaires, parlons des personnes habilitées à les utiliser. L’utilisation de ces pots a évolué en fonction de la réglementation au fil des siècles. A l’époque de leur fabrication, ces pots sont réservés aux apothicaires puis aux pharmaciens.

Les premières officines apparaissent en 650 apr J.-C à Bagdad, le médecin et l’apothicaire sont resté ambulants très longtemps. Cette mobilité les rend peu cernables et il n’est pas rare de croiser des personnages de charlatan dans les récits. Médecins et apothicaires vendent des herbes, des épices, des feuilles séchées ou des onguents. Et c’est justement la circulation des épices qui va faire naître une volonté de réglementation !

On parlera de Spacieri, d’aromateri et d’apoticari : l’épicier, le spécialiste des plantes aromatiques et l’apothicaire dont le métier consiste à stocker et mesurer les épices et plantes. Il n’y a rien de médical dans cette fonction. A cette époque l’apoticari est un magasinier, un boutiquier ! A l’époque des apoticari, les pots servaient à stocker et mesurer.

L’Edit de Salerne (1241) appui cette séparation entre celui qui sait et celui qui fait !

Et en France en 1484 avec la Loi de Germinal, on distingue les épiciers simples des épiciers-apothicaires, et cela dure jusqu’en 1691. Seuls les épiciers-apothicaires et les médecins peuvent vendre du tabac, et oui! … Le tabac a longtemps été classé comme plante médicinale. Sous la Révolution apparaît le métier de Pharmacien, le pharma c’est le remède et le poison, je vous laisse méditer là dessus vous avez 3h.

A la fin du 18e siècle est publié un Edit Royal (Louis XVI), l’apothicaire travaille dorénavant en direct avec le médecin. Les métiers se laïcisent et sont enseignés à l’Université. On accentue la séparation entre ceux qui savent et ceux qui font !

L’histoire des pots d’apothicaire ?

La forme des pots d’apothicaire a beaucoup varié en fonction de plusieurs critères comme leur taille, leur contenant, la mode … Et comme depuis 1500 ans l’UE s’inspire beaucoup du Moyen Orient et de l’Asie, certains motifs s’en inspirent. Au départ importés en Italie (au XIIe siècle), puis fabriqué en Italie (XIV et XVe siècle). Le pot d’apothicaire ou pot de Pharmacie est fabriqué en France à partir du XVIe et il débarque en Allemagne au XVIIIe.

Les premiers pots d’apothicaires ont été fabriqués en étain et en bois mais très vite la faïence s’est imposée.

  • Elle est poreuse et donc adaptée à la conservation des herbes séchées
  • Elle peut être émaillée pour la rendre étanche si on destine le pot à la conservation du miel, des confitures et sucreries
  • Elle est modulable et moulable, permet une fabrication rapide en grande quantité
  • Elle pernet de fabriquer des pots de différentes tailles : entre 10 et 40 cm de hauteur.
  • On peut la décorer en fonction du gout de l’époque
  • Il est possible d’écrire dessus pour informer l’apothicaire de ce que contient son pot

Les Albarello – pot d’apothicaire par excellence

pot d'apothicaire cintré ussi appelé arbarello

L’albarello est un pot d’apothicaire aux lignes simples et efficaces très répandu au XVIIe siècle. Sa silhouette cintrée facilite sa manipulation, le pied est large afin d’assurer sa stabilité et le renflement (bourrelet) facilite  et sécurise sa manipulation. Cette forme offre une grande contenance au pot d’apothicaire. Celui-ci permettait de conserver du solide ou des onguents.

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de couvercle. A l’époque, on fermait ces pots avec un parchemin. Cela permettait d’y inscrire le contenu ainsi que sa date de péremption. Plus précisément, du fait de la durée de conservation longue de certains ingrédients (jusqu’à 100 ans…), l’apothicaire y notait sa date de mise en pot et sa date de fin de vie, permettant une bonne transmission des informations de générations d’apothicaires en génération d’apothicaire. Le cartouche vierge a été intégré aux décors plus tard, à partir de ce moment, seul le contenu du pot d’apothicaire était consigné.

Ce magnifique Albarello est décoré par de jolies fresques et arabesques que l’on retrouve sur les majoliques, des faïences italiennes courantes pendant la Renaissance.

La France fabrique une variante de l’albarello, le pot Canon. C’est une forme plus commune il me semble. Si vous avez déjà vu un albarello non cintré ou en forme de cornet, vous avez déjà vu un pot Canon. Et là ! c’est le moment étymologie. D’où vient le terme albarello ? Pour certains d' »alba » qui rapporte au blanc, pour d’autres de « barel » qui a donné baril, un autre contenant.

La fabrication de pots d’apothicaires à Bordeaux

Bordeaux a connu sa période faste dans la production de faïences. Au MADD, 2 belles vitrines regroupent la majorité des pots d’apothicaire exposés au public (je rêve de visiter la réserve du musée qui en regorgerait bien plus). Chaque vitrine est dédiée à une faïencerie de Bordeaux :

  • La Faïencerie Hustin installée du coté du Jardin de Botanique de Bordeaux – pièces à dominante bleue
  • La Faïencerie Boyer installée dans le quartier de Saint Seurin – pièces polychrome avec une dominante de vert

Savez-vous pourquoi le bleu est omniprésent dans la décoration des pots d’apothicaire ? L’Oxyde de Cobalte a une très bonne résistance à la cuisson. Fabriquer des pots avec des décors polychrome est une vraie prise de risque, et d’autant plus lorsque le décor contient du rouge, une couleur qui brûle facilement.

Ces 2 manufactures étaient en activité au XVIIIe siècle, à cette époque les pots d’apothicaire ou pots de pharmacie ont un couvercle en faïence et le décor présente un cartouche avec l’indication du contenu, soit en toutes lettres le nom scientifique, soit l’initiale du mot : M pour Miel, U pour Onguent, T pour Tabac … Pour le tabac, l’apothicaire notait son origine, et le pot était souvent décoré d’illustrations turques, exotiques ou au contraire par des dessins techniques avec des scènes de fabrication du tabac.

Ces 2 photos présentent plusieurs formes et tailles de pots : des chevrettes ou cabrettes, des biberons de malade, des balustres, des pots de monstres ou de monstrance … et des pièces plus classiques comme des pichets, des bouteilles et des boites en bois. Cela m’a permis de découvrir d’autres formes que l’albarello précédemment présenté.

  • La chevrette (ou cabrette) est un pot d’apothicaire sans couvercle permettant de conserver du liquide. Pour le liquide le couvercle est inutile car les couvercles en faïence ne sont pas étanches et enfermer certains liquides les fait fermenter. Ce pot d’apothicaire est reconnaissable par sa forme arrondie pour la contenance, sa anse et son long bec parfois agrémenté d’un anneau. L’anneau sous le bec serait un bon moyen de reconnaître les fabrications françaises. Au XVIIIe, seuls les apothicaires peuvent utiliser ce type de récipient !
  • Les biberons de malade sont des petits éléments en faïence à moitié fermés (bien pensé pour que liquide ne se renverse pas) avec un bec pour servir le patient « à la régalade » sans toucher le produit.
  • Les pots « balustres » sont très utilisés en apothicarie et pharmacie à Bordeaux, cette forme est connue aussi car elle est très utilisée pour les sucriers.
  • Les pots de Monstre ou de monstrance (= montrer) sont des pots de grande contenance et des anses ou poignées (avec des trous pour passer des cordes) pour en faciliter la manipulation. On y conserve des produits importants, anciens et très chers. La décoration de ces pots est un symbole fort. C’est une preuve du goût et du professionnalisme de l’apothicaire.

Les inscriptions dans les cartouches

cartouche pot d'apothicaire

J’ai finalement pris peu de photos lors de cette visite. Ce sera une occasion d’y retourner un premier dimanche du mois. J’ai cependant mitraillé un objet du MADD, une curiosité ! Partant du principe que les pots de Monstre avaient pour objectif de conserver des aliments de grande valeur et de qualifier l’apothicaire puis le pharmacien, il est devenu essentiel d’avoir des pots de bonne manufacture et la demande étant importante, on est allé directement à l’essentiel, alors pourquoi décorer tout le pot ? Le XVIIIe siècle, c’est le siècle du pragmatisme.

Pot d'apothicaire recto verso curiosité

En conclusion, nous somme loin de nos pots de cuisine inspirés de l’apothicarie, pots en porcelaine ou en opaline avec des sérigraphies. Aux XVIII et XIXe siècles, on retrouve les formes des pots d’apothicaires dans la gamme des pots à couvert de Nevers et dans tous les objets déco de la maison. Ce sont les décors présents sur les objets qui permettent de distinguer les pots de déco.

Le verre fumé ou blanc est venu plus tard, au XXe siècle et c’est certainement pour cela qu’on en voit partout en brocante, et sur les étagères de cabinet de curiosités (si vous êtes sur Bordeaux, je vous conseille les WE du bar Chez Auguste à la Victoire). Et si comme moi vous aimez les objets médicaux, je vous invite à faire un tour sur l’article dédié  ma petite collection privée.

Si vous croisez un joli pot d’apothicaire authentique en dehors des pharmacies classées, sachez que vous êtes des chanceux !

 

Si vous êtes à la recherche d’infos supplémentaires je vous conseille de faire un tour sur ces sites découverts lors de mes recherches complémentaires : Normandie Antiquité BroquanteProantic

 

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